Micah P Hinson est l’auteur d’un livre à paraitre en Novembre en Espagne, sous le titre de « Los Seres Puros » (« les êtres purs »), relatant la transformation d’un homme en enfant. Ce thème lui colle particulièrement bien à la peau, et je ne pense pas que le choix du sujet soit une coïncidence. Micah p hinson possède, dans toutes ses contradictions possibles, les attributs d’une personne âgée et d’un enfant avec toute son audace. Il suffit de le regarder avec son allure de teenager pour lui donner la vingtaine, et de l’écouter avec sa voix sorti tout droit de l’Amérique profonde pour lui en donner soixante. Certains titres de ses chansons semblent être choisis pour refléter les désirs d’un jeune comme tout autre mais auxquels en réalité il n’adhère pas. Lors de la performance du titre « Take off that dress for me » issu de son dernier album, il ne peut s’empêcher de le précéder d’un « That has really nothing to do with how I feel ». Marié depuis 2008, sa femme est au centre de sa vie et de ses concerts.

Il n’est un concert, sans qu’une photo de sa femme soit placardée sur la rosace de sa guitare. Centrée, à la vue de tous, elle dispose d’une place essentielle ; sur la caisse de résonnance elle filtre les sonorités émises par sa guitare, évoquant sans doute l’impact qu’elle a eu sur sa musique, et sur sa personne. « She makes me a better person but does not change me and that is very different” nous confie t-il avant d’entamer un “I Keep having these dreams”, chanson qui lui est chère en ce qu’elle a volé la vedette à la marche nuptiale lors de leur mariage. Cette personne dont on entendait tant parler, nous a même fait l’honneur de venir accompagner Micah p Hinson au chant sur sa chanson « God is Good » en dernière partie de concert ; tentant de se cacher derrière ses épaules recourbées, elle n’était visiblement pas très à l’aise et sa voix était dure à percevoir tant celle de son mari était imposante, mais cela restait émouvant.

Ces références à son quotidien sont récurrents lors de ses concerts, cependant certains aspects différenciaient cette prestation des précédentes.
Le concert se déroulait au théâtre Marigny. J’avais pour habitude de voir Micah P Hinson dans des salles plus modestes. C'est-à-dire que la dernière fois que je l’ai vu, c’était au cours d’un concert très intimiste à la Flèche d’Or le lendemain de la sortie de son dernier album « Micah P Hinson and the pioneer saboteurs ». Quel changement ? Ce changement de décor, nous le devons à Pierre Lescure. A la tête du Théâtre Marigny depuis 2008, ce dernier est un fan invétéré de Micah P Hinson et fait des pieds et des mains pour que son talent soit reconnu. Non seulement le programme-t-il, mais il lui procure également une publicité considérable. En 2 jours, précédant son concert, Micah P Hinson a fait l’objet de 3 articles dans Libération. Plus précisément un article sur lui, (http://next.liberation.fr/culture/01012296134-le-cas-p-hinson), une interview de Pierre Lescure portant sur son amour de cet artiste (http://www.liberation.fr/culture/01012296135-pierre-lescure-fan-n-1), et la chanson 2’s and 3’s issu de son dernier album a été sélectionnée dans la playlist de Libé du 15 Octobre (http://next.liberation.fr/musique/06012529-la-playlist-micah-p-hinson-delano-orchestra), où Pierre Lescure est mentionné comme étant « l’ambassadeur, le porte parole, le fan absolu autoproclamé » de Micah P Hinson, ou encore son plus « fervent défenseur ». Il suffit qu’une personnalité respectée s’intéresse à un artiste pour que ce dernier soit sollicité...au grand bonheur de tous.

Bien que sur le site il était annoncé que Micah P Hinson ferait sa tournée pour son nouvel album principalement en solo, il était ce soir là accompagné d’un orchestre. Peu étonnant, à vrai dire de prime abord puisque les instruments à corde sont omniprésents sur ses albums. Cependant, je n’avais vu Micah P Hinson que seul sur scène jusque présent. Ayant accouché de merveilles antérieurement, et n’ayant jamais été déçue par ses prestations si intenses et épurées, j’appréhendais que l’orchestre noie toute l’émotion qu’il véhiculait en surchargeant les morceaux. Et pourtant, Micah P Hinson a su instaurer un réel équilibre. L’orchestre composé de deux violons, un alto et un violoncelle jouait à la perfection - le chanteur ne cessait de les applaudir et de rappeler « that they are geniuses » - n’hésitant pas à s’effacer pour laisser place à Micah P Hinson seul avec sa guitare pour des morceaux tels que « Digging a grave » ou « We embraced ».


En parlant de ces titres, c’est assez étonnant de constater que sur les dix neuf chansons jouées,seules deux étaient issues de son dernier album. Etrange manière de présenter son nouvel album au public, enfin si l’on considère toujours qu’il s’agit du but d’une tournée ! Cependant, cela n’était vraiment pas dérangeant et même au contraire assez satisfaisant étant donné que certaines chansons du dernier album sont très longues, avec beaucoup de séquences instrumentales et de ce fait, moins accessibles. Deux chansons ont été jouées ce soir là pour la première fois sur scène selon ses dires ; il s’agissait de « Little boys dreams » et « She don’t own me ».

« I will be talking slowly tonight…. Not because you are idiots, but because I am ». Voici comment Micah P hinson a commencé son concert, annonçant la couleur, ha. Audacieux, maniant l’ironie, l’humour noir, il s’engageait dans un réel dialogue avec le public. Il crée une familiarité entre les spectateurs et lui rarement égalé, aussi bien que le public ne semble pas broncher mais plutôt s’amuser de ses nombreux oublis. La deuxième partie du concert a perdu toute structure. Les chansons étaient écourtées, souvent dans de différentes tonalités que l’originale, et surtout mises sur fast forward. Le titre « Don’t leave me know » a été victime d’un oubli d’accords en milieu de chanson, après plusieurs tentatives pour reprendre la chanson ces derniers ont finalement été retrouvés. « We embraced » n’avait ni queue ni tête et ressemblait assez peu à la version de l’album, de nouvelles paroles ont même fait leur entrée, « Seven horses seen » a vécu 6 secondes et n’a malheureusement pas ressuscité.

Mais cela ne posait problème à personne. « This makes no sense, I wrote the song i should remember the key right..? » nous disait-il simulant un air blasé avant de passer à autre chose. Après tout si cela ne pose pas de problème au principal intéressé, personne d’autre n’a raison de s’en soucier.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire