C’est en plein cœur du quartier de Bastille qu’a eu lieu le concert de Bill Callahan. Le Café de la Danse, bien que pouvant accueillir jusque 500 personnes affichait complet depuis bien longtemps. C'est-à-dire que son dernier album « Sometimes I wish we were an eagle » a beaucoup fait parler de lui. Il affirme bien un nouveau tournant pour la carrière solo du chanteur, ex membre du groupe Smog. Figurant dans les tops albums de l’année 2009 de nombreux blogs musicaux, 19ème meilleur album de l’année selon les inrocks, les journalistes lui dédient un certain nombre d’articles.
Et pour cause, il est excellent. Dès le titre « sometimes i wish we were an eagle », on retrouve une dimension onirique. En tant que verbe « to wish », révélant la volonté d’une autre realité nous projetant dans le « rêve ». Sa chanson « Eid ma clack Shaw » relate l’histoire d’un rêve qu’il a fait « I dreamed the perfect song », et qu’il tente de retranscrire à son réveil « I scribbled it down », menant cependant à un résultat absurde. On retrouve un aspect mélancolique à travers la présence très ancrée d’un piano et d’instruments à cordes tel que le violon. C’est donc un choix assez particulier que d’avoir joué au Café de la Danse dans une formation restreinte accompagné que de sa guitare et de Neil Morgan à la batterie. Cependant, cela ne semblait pas moins percutant, conférant un son plus épuré et laissant une plus grande place à sa voix grave et suffisante. Place encore plus importante donné au chant en ce que, sa voix de baryton interpelle mais également ses paroles et mélodies répétitives « show me the way, show me the way, show me the way » et entraînantes. Bill Callahan reste dans les tons graves en voix pleine, n'effectuant pas de variations ce qui confère une certaine constance à son œuvre. Il peut, par conséquent sembler relativement froid, économisant paroles et sourires, paraissant ainsi plus austère. Les rares paroles émises ne contredisant pas cette impression.
C’est alors que l’on peut se poser la question de la signification de l’aigle dans le titre de l’album, ou de l’oiseau en général faisant l’objet d’une métaphore filée. L’aigle est le roi des oiseaux, celui qui règne en maître et le seul qui peut fixer le soleil sans se brûler les yeux. Compte tenu de son parcours, et de ses débuts, cela pourrait être un objectif à atteindre. On a découvert un Bill Callahan quelque peu rancunier lors de ce passage au Café de la Danse. En effet, au bout de quelques chansons déjà, ses premières paroles étaient « If you think Charlotte Gainsbourg should have done an album with me rather than with that douchebag Beck, clap your hands ». Seules quelques personnes applaudirent, le reste du public étant perplexe. Cette prétendue rivalité m’était inconnue. Ils sont certes tous deux américains, nés à 4 années d’écart seulement, voulaient apparemment tous deux travailler avec Charlotte Gainsbourg, cependant, leurs styles musicaux divergent. Bill Callahan faisait allusion à l’album IRM de Charlotte Gainsbourg sorti le 7 décembre 2009 en collaboration avec Beck qui a d’ailleurs connu un succès certain. Ses autres interventions étaient du même acabit « I was about to say that your clapping did not equal the music », “I was expecting some roses on the stage”, révélant un humour assez sombre et un Bill taquin avec son public. Il a, bien évidemment, mis un certain temps à revenir pour son rappel.
A.D